asthme·plongée

Plongée en scaphandre · mise à jour novembre 2026

Asthme et plongée sous-marine

Oui, c'est possible.
Pas n'importe comment.

L'asthme n'est plus une contre-indication absolue à la plongée en scaphandre. En France, un asthme léger ou parfaitement contrôlé, sans crise modérée ou grave ni crise brutale, sans asthme d'effort ni au froid, avec une spirométrie normale, permet de l'envisager après l'avis d'un pneumologue 1.

Descendre

L'essentiel en chiffres

Quatre repères pour comprendre la question

Qui plonge ? 8,7 %

des 322 plongeurs de loisir d'une enquête germanophone déclaraient un asthme, souvent gênant et peu traité 3. Interdits ou non, des asthmatiques plongent.

À 10 mètres × 2

La pression double déjà : le détendeur vous donne un air deux fois plus dense, et vos poumons en contiennent deux fois plus. Si cet air reste piégé, il double de volume en remontant les dix derniers mètres.

À 30 mètres − 50 %

La ventilation maximale mesurée en caisson baisse de plus de moitié, parce que l'air respiré est quatre fois plus dense 4. Un asthme gêné en surface l'est davantage au fond.

Le jour J 48 h

sans aucun symptôme avant de plonger ; après une crise, jusqu'à 7 jours si nécessaire : c'est la règle française 5.

L'asthme en bref

L'asthme est une maladie inflammatoire chronique des bronches. Elle se manifeste par des symptômes qui vont et viennent (sifflements, essoufflement, oppression, toux) et par une obstruction des bronches variable, qui se lève spontanément ou sous traitement 6. Environ 6 % des adultes ont un asthme actuel en France 7 8.

Les déclencheurs sont nombreux : allergènes, tabac et pollution, infections, air froid et sec, effort, certains médicaments comme l'aspirine et les anti-inflammatoires. L'air froid et sec et l'effort sont justement ceux de la plongée.

Le diagnostic repose sur la spirométrie : un rapport VEMS/CVF abaissé, et un VEMS qui augmente d'au moins 12 % et 200 mL après un bronchodilatateur. Si la spirométrie est normale, un test à la méthacholine, ou un test d'effort quand les symptômes surviennent à l'effort, peut révéler l'hyperréactivité bronchique 9.

Courbe débit-volume normale et courbe d'un trouble ventilatoire obstructif Volume expiré (L) Débit (L/s) 0 Normale : pic net Obstructive : pic bas DEP CVF CVF
Courbe débit-volume, schéma : la courbe normale monte à un pic net puis descend en ligne droite ; celle d’un trouble ventilatoire obstructif a un pic plus bas et une descente creusée. DEP : débit expiratoire de pointe ; CVF : capacité vitale forcée.

Puis-je plonger ?

Quelques questions, une réponse immédiate

Ce questionnaire reprend les critères de la FFESSM pour l'asthmatique 1. Il vous dit où vous en êtes et qui consulter ; il ne remplace ni la consultation ni la spirométrie, et seul un médecin peut signer le certificat.

Avez-vous de l'asthme, ou en avez-vous eu, même dans l'enfance ?

Répondez aux questions

Le résultat s'affiche ici à chaque réponse.

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Le parcours, selon qui vous êtes

Du premier rendez-vous au premier palier

  1. Généraliste, médecin du sport ou de plongée

    Le premier examen

    Questions sur votre asthme (même ancien) et vos traitements, examen complet avec une attention particulière aux oreilles, aux sinus et aux dents 11, recherche des autres contre-indications 12.

  2. Pneumologue · obligatoire

    La spirométrie

    Toute notion d'asthme, même dans l'enfance, passe par le pneumologue 5. Il fait une spirométrie (courbe débit-volume), souvent avec un test au bronchodilatateur, et rend un avis écrit. La FFESSM lui propose un modèle de courrier 13.

  3. Médecin de plongée, en pratique

    Le certificat

    Le certificat d'absence de contre-indication est valable un an. Il devient caduc si votre santé change ou après un accident de plongée ; le certificat de reprise après un accident est réservé à un médecin fédéral, de plongée ou du sport 14. Pour l'asthme, mieux vaut un médecin fédéral ou diplômé de médecine de plongée (voir l'encadré ci-dessous).

  4. Vous, à chaque sortie

    Plonger et surveiller

    • Aucun symptôme dans les 48 heures avant la plongée.
    • Débit de pointe pas plus de 10 % sous votre meilleure valeur 4 10.
    • Spray de secours sur le bateau.
    • Spirométrie une à trois fois par an 10.
Qui peut signer le certificat d'un asthmatique ? Le règlement médical de la FFESSM voté en 2025 dit que le certificat de plongée « peut être établi par tout médecin » 14. Mais la liste des contre-indications de juin 2025 marque l'asthme d'une étoile, qui réserve le certificat à un « médecin spécifique » 12, et le courrier de la FFESSM prévoit que le pneumologue transmette ses conclusions au médecin fédéral 13. Le plus sûr : un médecin fédéral ou titulaire d'un diplôme de médecine subaquatique, muni de l'avis du pneumologue.

Ce que la pression fait aux poumons

Faites descendre le plongeur

Pression ambiante1,0 bar
Air contenu dans 6 L de poumons (mesuré en surface)6 L
Densité de l'air respiré× 1,0
Pressions partielles O₂ · N₂ (bar)0,21 · 0,79
Pourquoi le bronchospasme est dangereux en remontant. Faites descendre le plongeur : vous verrez ce que devient, à la remontée, 1 litre d'air piégé derrière une bronche fermée. Le poumon ne peut pas encaisser cette expansion : c'est la surpression pulmonaire 21.

Calcul simplifié : 1 bar de plus tous les 10 m d'eau, air à 21 % d'oxygène et 79 % d'azote, loi de Boyle-Mariotte (pression × volume = constante).

Les six effets de la plongée sur la respiration

1Pression et volume

La pression augmente d'environ 1 bar tous les 10 mètres. Le volume d'un gaz varie à l'inverse de la pression : il se comprime à la descente et se dilate à la remontée, dans les poumons comme dans les sinus, l'oreille moyenne ou l'intestin 4. En scaphandre, le détendeur fournit l'air à la pression du fond : les poumons gardent leur volume, mais ils contiennent d'autant plus d'air que l'on est profond. Tout cet air doit pouvoir sortir à la remontée.

Ainsi, chez un plongeur en apnée, 6 litres de gaz intrathoracique n'occupent plus que 2 litres à 20 mètres (3 bars) et 1,5 litre à 30 mètres (4 bars). À l'inverse, un pneumothorax de 1 litre formé à 30 mètres occuperait 4 litres en surface : une menace vitale. D'où la règle d'or : remonter lentement et ne jamais bloquer sa respiration.

2Un air plus dense

La densité du gaz respiré augmente avec la pression. Le travail respiratoire augmente et les débits (inspiratoires comme expiratoires, dont le VEMS) diminuent, d'autant plus que l'on est profond : à 30 mètres simulés en caisson, la ventilation maximale volontaire baisse de plus de 50 % 4 22.

3Les pressions partielles

La pression partielle de chaque gaz suit la pression ambiante : en surface, environ 0,79 bar d'azote et 0,21 bar d'oxygène ; à 10 mètres, le double. Davantage d'azote se dissout dans les tissus et doit ressortir à la remontée : trop vite, il forme des bulles, c'est l'accident de décompression 4.

4Le détendeur

L'équipement ajoute un espace mort et des résistances à l'inspiration et à l'expiration. Le travail respiratoire augmente, les débits baissent et la fréquence respiratoire diminue. L'air de la bouteille est en outre froid 4 et sec 23, deux déclencheurs classiques du bronchospasme.

5L'immersion

La pression de l'eau comprime le thorax et l'abdomen et chasse le sang des membres vers le thorax (environ 700 mL chez l'adulte) : la compliance pulmonaire et la capacité vitale diminuent, le cœur droit se dilate, la diurèse augmente. Le froid produit un effet semblable 4 22.

6À long terme

Les plongeurs ont souvent des volumes pulmonaires plus grands que la normale, avec une CVF qui augmente plus que le VEMS. Chez des plongeurs professionnels norvégiens suivis trois ans (87 au départ, 81 à la fin), le VEMS moyen a un peu baissé, sans lien démontré avec la quantité de plongée 24. Les études plus récentes divergent 25 : chez 331 plongeurs militaires français suivis en moyenne 24 ans, la fonction respiratoire ne baisse pas avec le nombre de plongées 26.

En somme : plus de travail pour respirer, des débits plus faibles, un air froid et sec, une capacité vitale réduite. Chez un plongeur dont les bronches sont déjà irritables, la marge se réduit.

Les risques pour l'asthmatique

Ce que la théorie fait craindre

Crise sous l'eau

Air froid et sec du détendeur, effort, profondeur, stress : tout l'environnement de la plongée peut déclencher un bronchospasme 23 ; chez des plongeurs sains, le froid et la profondeur modifient déjà la fonction respiratoire après une seule plongée 27. Et sous l'eau, on ne peut pas prendre son spray.

Surpression pulmonaire

C'est la raison historique de l'interdiction. Une bronche fermée piège l'air dans les alvéoles ; à la remontée, cet air se dilate et déchire le poumon : pneumothorax, emphysème du médiastin, embolie gazeuse artérielle 21 23.

Capacité d'effort réduite

Le plongeur doit parfois palmer fort contre le courant, porter secours à un équipier ou s'extraire d'une situation dangereuse. Un asthme qui limite l'effort réduit cette réserve 23.

Accident de décompression

Les enquêtes ne montrent pas d'excès net chez l'asthmatique ; une seule, en 1991, a trouvé un risque quatre fois plus élevé, avec un fort biais de sélection 28. Le mécanisme reste discuté.

Allergènes dans la bouteille

En 1999, un plongeur allergique à la pariétaire a fait une crise d'asthme grave sous l'eau : sa bouteille avait été gonflée par un compresseur sans filtre, qui avait aspiré du pollen 29 23.

Nouveau

Œdème pulmonaire d'immersion

Les poumons se remplissent de liquide pendant l'immersion : essoufflement, toux, crachats mousseux. De mieux en mieux reconnu, parfois grave 30 ; associé à l'asthme chez des nageurs, sans lien indépendant démontré 31.

Et pour tout plongeur : panique, froid, noyade ; barotraumatismes des oreilles, des sinus, des dents ; accident de décompression ; narcose à l'azote ; toxicité de l'oxygène au-delà de 1,6 bar de pression partielle ; faune marine. Les autres maladies comptent aussi : dans une série australienne de décès en plongée, le cœur venait en tête 32.

Ce que disent les études

Des craintes plausibles, des preuves fragiles

Le verdict

Des signaux d'un risque accru, aucune preuve solide dans un sens ou dans l'autre.

Chez l'asthmatique qui remplit les critères d'aptitude, les études disponibles ne montrent pas d'excès de surpressions pulmonaires, d'embolies gazeuses ou d'accidents de décompression ; mais ce sont des questionnaires à faible taux de réponse et des séries rétrospectives, trop fragiles pour conclure à l'absence de risque 28. Aucune n'a suivi une grande cohorte de plongeurs asthmatiques face à des non-asthmatiques, et les revues récentes parlent d'un risque possiblement 33 34, voire probablement accru 35, sans pouvoir le chiffrer. Les rares données d'accidents, comme l'enquête de 1991, très biaisée, ne portent pas sur des asthmatiques sélectionnés selon les critères actuels.

L'absence de preuve ne vaut pas preuve d'innocuité. Les petites études de fonction respiratoire vont dans le sens de la prudence : chez des asthmatiques légers, une seule plongée, même peu profonde, peut faire un peu baisser les débits bronchiques 36 25.

Solidité des preuves

Enquêtes par questionnaire avec peu de répondants, séries rétrospectives, petites études de fonction respiratoire, presque toujours chez des asthmatiques légers : aucune étude n'a suivi une grande cohorte de plongeurs asthmatiques 33 23.

Et l'atopique sans asthme ?

Des bronches plus réactives, sans preuve d'accident

Deux petites études ont plongé des atopiques non asthmatiques à 50 mètres. Chez 9 plongeurs, la conductance bronchique baisse, contrairement aux non-atopiques 37. Chez 15 candidats plongeurs de la marine italienne, les bronches deviennent plus réactives à la méthacholine juste après la plongée, et reviennent presque à la normale 24 heures plus tard 38.

Ces petits effectifs ne permettent pas de parler de risque d'accident, mais justifient une vigilance : signaler toute gêne respiratoire nouvelle au médecin.

Quarante ans d'études, en un coup d'œil

plutôt rassurantplutôt inquiétantrepère ou nuance

1930

L'origine de l'interdiction

Dans les années 1930, la marine américaine rapporte des surpressions pulmonaires mortelles lors d'exercices de remontée d'urgence depuis des sous-marins. Toute maladie pulmonaire, asthme compris, devient une cause d'inaptitude 28.

1990

104 plongeurs asthmatiques, plus de 12 000 plongées

Chez des plongeurs asthmatiques ayant répondu à un questionnaire de magazine : un seul accident de décompression, ni pneumothorax ni embolie gazeuse déclarés ; 96 % disaient prendre un bronchodilatateur avant de plonger 39 28.

1991

Un accident de décompression pour 5 100 plongées

Un questionnaire envoyé à 75 000 lecteurs d'un magazine de plongée revient de 279 plongeurs asthmatiques (56 334 plongées) : le risque calculé est 4,2 fois celui d'une population non sélectionnée. Avec si peu de réponses, le biais de sélection est fort 28.

1994

Un risque jugé comparable, si l'asthme est calme

Un asthmatique dont la fonction respiratoire est normale au repos et peu réactive à l'effort ou au froid aurait un risque de surpression pulmonaire comparable à celui des autres plongeurs ; les auteurs soulignent que les données manquent 40.

1995

Deux embolies gazeuses en piscine

Entre 3,5 et 5,5 mètres de profondeur, chez deux asthmatiques qui n'avaient pas signalé leur maladie au médecin du certificat 41 28.

1999

Le pollen dans la bouteille

Crise d'asthme grave sous l'eau chez un plongeur allergique à la pariétaire, dont la bouteille avait été gonflée par un compresseur sans filtre 29 23.

2003

Des recommandations qui ouvrent la porte

La British Thoracic Society publie des critères permettant à des asthmatiques sélectionnés de plonger 4 ; la même année, la FFESSM publie des critères plus stricts, qui excluent encore tout traitement de fond 2.

2005

17 386 plongées sans accident grave

322 plongeurs d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, dont 8,7 % d'asthmatiques souvent gênés et peu traités. Ceux qui avaient une maladie ou une gêne respiratoire totalisaient 17 386 plongées, sans accident grave déclaré 3.

2012

Même à 5 mètres, la respiration change

Après une seule plongée en piscine, le VEMS et le rapport VEMS/CVF baissent chez 22 plongeurs asthmatiques légers, pas chez 15 témoins. Aucun n'a eu de symptôme 36.

2014

La FFESSM lève l'obstacle du traitement de fond

Un asthme parfaitement contrôlé sous traitement est accepté : l'ancienne règle poussait à arrêter son traitement pour obtenir le certificat 2.

2016

Honduras : une étude en partie retirée

En mer tropicale (10 à 18 m), le débit de pointe baisse un peu après la plongée, asthmatiques ou non, et aucun plongeur n'a eu de symptôme 42. Après une relecture statistique indépendante, les auteurs ont eux-mêmes retiré les comparaisons entre asthmatiques et témoins (note publiée en décembre 2016) : la méthode ne convenait pas à ce type d'étude 43.

2017

Revue systématique : des signaux, peu de preuves

Sept études, 560 sujets : cinq rapportent davantage de lésions liées à la plongée chez l'asthmatique, deux aucune. Les auteurs parlent d'« indices » d'un risque accru 33.

2017

Plonger avec une maladie connue

268 plongeurs d'Asie-Pacifique déclarant une maladie, dont 40 asthmatiques, totalisent 183 069 plongées ; les incidents liés à leur maladie paraissent rares, et aucune crise d'asthme en plongée n'est signalée. Mais seul un tiers des plongeurs sollicités a donné des réponses exploitables 44.

2018

La revue à l'origine de ce site

65 articles : le bronchospasme en plongée est bien documenté ; les études épidémiologiques ne semblent pas montrer d'excès de surpressions, d'embolies ou d'accidents de décompression 28.

2020

Décès en Australie

Sur 126 décès en plongée (2001-2013), une maladie respiratoire est en cause dans 8, dont 3 asthmes ; les auteurs estiment que les asthmatiques n'y sont pas surreprésentés. Le cœur arrive en tête des maladies en cause 32.

2020

Sélectionner par le mannitol ?

Au Danemark, 41 candidats asthmatiques testés au mannitol : 68 % jugés aptes, certains après renforcement du traitement. Méthode non évaluée en plongée réelle, de l'aveu des auteurs 45.

2023

Même conclusion qu'en 2016

La même recherche systématique, reprise en 2022, aboutit à la même conclusion : un risque probablement accru, avec des données insuffisantes pour trancher pour un patient donné 35.

2024

Belgique : 140 133 plongées

Le risque d'hospitalisation ou de caisson est de 0,01 % par plongée. Les facteurs retenus sont les maladies ORL et les médicaments cardiovasculaires ; l'asthme n'en fait pas partie, mais il n'y avait que 5 asthmatiques sur 210 répondants : l'étude ne permet pas de conclure pour lui 46.

2026

Asthme et œdème pulmonaire d'immersion

Chez 2 375 nageurs suédois en eau libre, l'asthme est associé à l'œdème pulmonaire d'immersion (risque × 1,7), mais l'association disparaît une fois pris en compte les symptômes respiratoires récents. Chez des nageurs, pas des plongeurs 31.

Les recommandations

En France, puis dans le monde

France · FFESSM

Les critères d'aptitude

La commission médicale de la FFESSM autorise la plongée de loisir en scaphandre aux asthmatiques qui ont 13 :

  • un asthme léger, ou parfaitement contrôlé sous traitement ;
  • aucun antécédent de crise modérée à grave ou brutale ;
  • pas d'asthme d'effort ni au froid ;
  • une courbe débit-volume strictement normale : VEMS et CVF > 80 % de la théorique, VEMS/CVF > 75 %, DEM 25-75 > 70 %.

Contre-indications ajoutées par l'arbre décisionnel 5 :

  • plus de 6 crises par an ;
  • syndrome obstructif, « même mineur » ;
  • réversibilité significative au bêta-2 mimétique.

Dans la liste de juin 2025, l'asthme figure parmi les contre-indications « temporaires ou à évaluer » 12.

France · 2020

Les recommandations de bonne pratique

Publiées en juillet 2020 par la MEDSUBHYP et la Société française de médecine de l'exercice et du sport, elles sont plus précises que le protocole fédéral 10 :

  • asthme contrôlé, traitement de palier 1 ou 2, EFR normales avec test pharmacodynamique : pas de contre-indication ;
  • paliers 3 et 4 : contre-indiqués selon plusieurs auteurs qu'elles citent, sans donnée au palier 3 ; palier 5 : a priori incompatible ;
  • antileucotriènes (montélukast) : écartés, pour leurs effets indésirables psychiatriques ;
  • asthme au froid ou d'effort : contre-indication ;
  • tests de provocation bronchique : « pas d'intérêt » ;
  • après une crise peu sévère : au moins deux jours, et un débit de pointe ou un VEMS revenu dans la cible ;
  • enfant asthmatique, même contrôlé : pas avant 12 ans.

Ailleurs dans le monde

Toutes les sociétés acceptent l'asthmatique bien sélectionné ; elles divergent sur la manière de le sélectionner. Lecture : autorisé · exclu · sous condition · non précisé.

Critère FranceFFESSM 2014-2025, recos 2020 Royaume-UniUKDMC, algorithme 2024 AustralieSPUMS, 2025 InternationalDMSC-UHMS, 2023 Pays-BasPneumologues, 2021
Asthme léger ou contrôlé si avis du pneumologue et EFR normalesaprès DEP sur 2 semaines et test d'effortsi test de provocation négatifsi test d'effort négatifsi provocation indirecte négative
Traitement de fond palier 1-2 (recos 2020)jusqu'au palier 3 BTSpas de plafondà poursuivresi sans symptôme
Asthme sévère ou instable excluexcluexcluexcluexclu
Asthme d'effort, au froid, à l'émotion exclutraitement optimisé puis test d'effortexclu si provocation positiveexcluexclu (absolu)
Spirométrie exigée VEMS, CVF > 80 % ; VEMS/CVF > 75 % ; DEM 25-75 > 70 %VEMS, CVF, DEP > 80 % ; VEMS/CVF > 70 %VEMS, CVF, DEP ≥ 80 % ; VEMS/CVF ≥ 75 %pas de seuil ; légère obstruction tolérée si test d'effort normalVEMS ≥ 80 % ; VEMS/CVF ≥ 70 %
Test de provocation non exigéeffort, chute < 15 %indirect, exigé, chute < 15 %effort ; inhalation jugée non standardiséeindirect, recommandé
Délai avant de replonger 48 h sans symptôme, jusqu'à 7 j après une criseDEP normal depuis 48 hpas de plongée symptomatiquepas de plongée symptomatique48 h sans secours
Enfant asthmatique pas avant 12 anspas d'âge fixéexclu de 10 à 15 ansnon préciséexclu jusqu'à 14 ans

Sources : France 13 5 10 ; Royaume-Uni 47 ; Australie 48 19 ; international 49 ; Pays-Bas 50 20.

Et la BTS 2003 ?

Le texte fondateur britannique n'a jamais été remplacé, mais la British Thoracic Society l'a classé dans ses archives 51. Ses critères restent cités partout : sans symptôme, spirométrie normale, test d'effort négatif, pas de symptôme ayant nécessité un bronchodilatateur dans les 48 heures 4.

Ce qui a bougé

Le Royaume-Uni n'exclut plus d'emblée l'asthme d'effort ou au froid : il le traite, puis le teste à l'effort 47. À l'inverse, l'Australie et les Pays-Bas ont fermé la porte aux enfants asthmatiques 19 20.

Plongée professionnelle

Les standards de l'EDTC (comité européen de la plongée professionnelle, 2024) n'acceptent qu'un asthme bien contrôlé au sens de GINA, au palier 1 ou 2, avec une fonction respiratoire normale et stable à l'effort 52.

Conseils pratiques

Avant, pendant, après la plongée

Avant

  • Prendre son traitement de fond tous les jours, sans l'arrêter « pour passer la visite » 2.
  • Débit de pointe le matin de la plongée : pas plus de 10 % sous sa meilleure valeur 4 10.
  • Faire gonfler sa bouteille par un compresseur filtré, surtout si l'on est allergique aux pollens 29.
  • Garder une bonne condition physique.
  • Pas de plongée avec des symptômes, un rhume, une infection ou une poussée allergique. Après une crise, même légère : au moins 48 heures sans symptôme, et jusqu'à 7 jours si nécessaire, avec un débit de pointe revenu à la normale 5. Une crise plus forte que d'habitude (urgences, cortisone en comprimés) remet le certificat en cause : revoir le médecin avant de replonger 14.
  • Pas de tabac : il aggrave l'asthme et complique son contrôle.

Pendant

  • Prévenir son binôme et son moniteur, et convenir d'un signe « je respire mal ».
  • Remonter lentement, surtout dans les derniers mètres 47.
  • Être plus prudent en eau froide, en profondeur, contre le courant ou en cas de stress : aucune limite officielle n'existe, la marge se réduit avec chacun de ces facteurs.
  • Ne jamais bloquer sa respiration à la remontée.

Après

  • Spray de secours à portée de main sur le bateau.
  • Après une gêne respiratoire ou l'usage du spray de secours : pas de nouvelle plongée tant que le débit de pointe n'est pas redevenu normal depuis 48 heures 47.
  • Besoin du spray avant chaque plongée ? Ce n'est pas une routine : c'est souvent un asthme d'effort ou mal contrôlé, à revoir avec le médecin.
  • Après un œdème pulmonaire d'immersion (essoufflement, toux, crachats mousseux ou rosés en plongée), les sociétés australienne et britannique déconseillent fortement de replonger ; toute reprise se décide avec un médecin de plongée 53.

Gêne respiratoire en plongée : la conduite à tenir

  1. Signaler, arrêter l'effortFaire le signe convenu au binôme ou au moniteur. Ne pas paniquer, ne pas lâcher le détendeur.
  2. Remonter en expirantÀ la vitesse de l'ordinateur, sans jamais bloquer sa respiration : l'air piégé derrière une bronche fermée se dilate à la remontée 4. Faire les paliers obligatoires si la gêne s'améliore ; sinon, remonter 54.
  3. Sur le bateauRetirer la combinaison, laisser le plongeur assis penché en avant, spray de secours. Toute gêne après une plongée peut être un accident de plongée : oxygène au masque à haute concentration, 15 L/min, sans attendre, et alerte : 196 ou VHF canal 16 en mer, 15 ou 112 à terre 54 55.
Le spray : combien de bouffées ? Une crise légère se traite par 4 bouffées de salbutamol, une par une, en secouant l'inhalateur avant chaque bouffée, avec une chambre d'inhalation si possible, à renouveler selon la réponse dans l'heure (GINA 2026, plus économe en doses que par le passé) 6. La SPLF (2021) prévoit, pour une crise sévère, 4 à 10 bouffées toutes les 20 minutes pendant la première heure 9. La règle de GINA qui réserve l'oxygène à une saturation inférieure à 92 % concerne la crise d'asthme hors plongée : après une plongée, l'oxygène se donne d'emblée.

Cas particuliers

Les questions qu'on nous pose

J'ai eu de l'asthme enfant, je n'ai plus rien

Toute notion d'asthme, même ancienne, passe par le pneumologue 5. Une spirométrie normale et l'absence de symptômes suffiront souvent à lever le doute.

Mon enfant est asthmatique : peut-il plonger ?

La plongée en scaphandre commence à 8 ans à la FFESSM, avec des profondeurs limitées selon l'âge : 6 mètres pour les brevets de bronze et d'argent, 12 mètres pour le plongeur d'or, et le niveau 1 à partir de 12 ans 18.

Pour l'enfant asthmatique, les recommandations françaises de 2020 ne recommandent pas la plongée avant 12 ans, même si l'asthme est contrôlé 10. L'Australie l'exclut de 10 à 15 ans, les Pays-Bas jusqu'à 14 ans 19 20. Le questionnaire de santé des mineurs ne dispense pas de certificat pour la plongée en scaphandre 56, et l'UCPA refuse en séjour de plongée tout mineur présentant une suspicion d'asthme 57.

Faut-il un certificat pour un baptême ?

Non : le certificat n'est exigé ni pour le baptême, ni pour le PE12, le Pass Découverte ou la première étoile de mer 14. Mais pas de certificat ne veut pas dire pas de contre-indication : un asthme non contrôlé, d'effort ou au froid, ou des symptômes du jour excluent aussi le baptême. Prévenir le moniteur.

Puis-je prendre mon spray avant de plonger ?

Les avis divergent. Le comité britannique le juge « peut-être une bonne idée » une demi-heure avant 47 ; la FFESSM ne se prononce pas. Aucune étude n'a mesuré le risque de trouble du rythme cardiaque en plongée ; à forte dose, le salbutamol peut en provoquer 6.

Surtout, un asthme qui a besoin du spray pour supporter l'effort de la plongée ressemble à un asthme d'effort, qui est une contre-indication en France. Parlez-en à votre médecin.

Et le montélukast (Singulair) ?

Les recommandations françaises de 2020 écartent les antileucotriènes chez le plongeur, en raison de leurs effets indésirables psychiatriques signalés par l'ANSM en 2020 10, et la norme européenne des plongeurs professionnels demande de les éviter ou de les surveiller 52. Le comité britannique, lui, les accepte 47.

Nitrox, recycleur, trimix ?

L'évaluation de l'asthmatique est la même, quel que soit le gaz ou l'appareil ; aucune étude ne porte sur l'asthmatique au nitrox ou au recycleur. Une nuance : les fortes pressions d'oxygène irritent les bronches, et les recommandations de 2020 jugent souhaitable de ne pas y exposer un asthme non ou mal contrôlé 10. Pour le trimix hypoxique, le certificat doit venir d'un médecin fédéral, d'un médecin titulaire d'un diplôme de médecine subaquatique ou d'un médecin du sport 14.

Je suis allergique, sans asthme

Pas de contre-indication liée à l'asthme ; en revanche, pas de plongée le nez bouché (oreilles et sinus). Deux petites études montrent que les bronches des plongeurs atopiques réagissent davantage juste après une plongée profonde, un effet passager dans l'une d'elles 37 38. Toute toux ou gêne respiratoire nouvelle doit être signalée au médecin.

Je plonge à l'étranger, avec PADI ou SSI

Ces organismes utilisent un questionnaire international. Depuis 2020, il demande un avis médical en cas d'asthme, de sifflements ou d'allergie grave dans les 12 derniers mois, s'ils limitent votre activité physique 58. Le guide du médecin examinateur préfère alors un test d'effort 49. Ces règles diffèrent des règles françaises. Même si ce questionnaire ne vous envoie pas chez le médecin, les risques restent les mêmes : ne partez pas plonger sans avoir été évalué, et emportez votre dernier compte rendu de spirométrie.

L'œdème pulmonaire d'immersion, c'est quoi ?

Un accident où les poumons se remplissent de liquide pendant l'immersion : essoufflement, toux, crachats mousseux ou rosés. De mieux en mieux reconnu en France, il est parfois grave : un centre de référence en a pris en charge 288 en 14 ans, sévères dans près d'un tiers des cas 30. Chez des nageurs en eau libre, l'asthme y est associé, mais l'association disparaît une fois pris en compte les symptômes respiratoires récents 31. Après un épisode, les sociétés australienne et britannique déconseillent fortement de reprendre la plongée en bouteille 53.

Et l'apnée ?

Ce site traite de la plongée en scaphandre ; la réflexion de la FFESSM sur l'asthme aussi 2. Pour l'apnée, demandez l'avis de votre médecin.

Combien y a-t-il d'asthmatiques ?

En France, environ 6 % des adultes ont un asthme actuel : 5,8 % dans la cohorte Constances (volontaires, 2013-2014) 7, 6 à 7 % selon Santé publique France 8. Dans le monde, environ 5,4 % des 5-69 ans avaient un asthme actuel en 2019 (intervalle de confiance 3,2 à 9 %) 59.

Existe-t-il d'autres tests que la spirométrie ?

Oui : test d'effort, hyperventilation à l'air sec, sérum salé hypertonique, méthacholine. Le test au mannitol n'est pas disponible en France 9. La FFESSM n'exige pas de test de provocation ; l'Australie et les Pays-Bas en demandent un, le Royaume-Uni et le guide international préfèrent le test d'effort (voir Recommandations).

Sources

Chaque chiffre renvoie ici

Recommandations nationales et internationales, revues de la littérature et études originales. Chaque référence indique ce que nous en avons lu (texte intégral ou résumé) et quand.

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  2. Lemmens B, Bervar J, Coëtmeur D, Nasr M, Zaegel M (FFESSM, CMPN). Asthme et plongée : texte des recommandations (argumentaire). 14 juin 2014. Texte intégral lu le 07/11/2026
  3. Tetzlaff K, Muth CM. Demographics and respiratory illness prevalence of sport scuba divers. Int J Sports Med 2005;26(7):607-10. doi : 10.1055/s-2004-821229 · PMID 16195996. Texte intégral payant, non accessible ; résumé lu le 07/11/2026
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  6. Global Initiative for Asthma (GINA). Global Strategy for Asthma Management and Prevention, 2026 Strategy Report. Mai 2026. Sections utiles lues le 07/11/2026
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  9. Raherison-Semjen C, Guilleminault L, Billiart I et al. Mise à jour des recommandations (2021) pour la prise en charge et le suivi des patients asthmatiques adultes sous l’égide de la Société de pneumologie de langue française (SPLF) et de la Société pédiatrique de pneumologie et allergologie (SP2A). Version courte. Rev Mal Respir 2021;38:e1-e13 (version longue : 38:1048-83). doi : 10.1016/j.rmr.2021.08.004. Sections utiles lues le 07/11/2026
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  11. Code du sport. Articles L231-2-3 (certificat de moins d’un an), D231-1-5 (disciplines à contraintes particulières, dont la plongée subaquatique) et A231-1 (examen médical spécifique). Version consolidée du 8 octobre 2026. Articles lus le 07/11/2026
  12. FFESSM, CMPN. Liste indicative des contre-indications à la plongée en scaphandre autonome. Version juin 2025. Texte intégral lu le 07/11/2026
  13. FFESSM, CMPN. Asthme et plongée : modèle de courrier pour le pneumologue. Mis en ligne le 26 février 2021. Texte intégral lu le 07/11/2026
  14. FFESSM. Règlement médical fédéral. Voté en 2025. Texte intégral lu le 07/11/2026
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  57. UCPA. Certificat médical de non-contre-indication à la plongée en scaphandre, séjours mineurs. 2026. Texte intégral lu le 07/11/2026
  58. Diver Medical Screen Committee (UHMS, DAN, DAN Europe, UC San Diego). Diver Medical Participant Questionnaire (questionnaire médical du plongeur, utilisé par PADI et SSI). Version du 1er janvier 2026, en anglais et en français. Texte intégral lu le 07/11/2026
  59. Song P, Adeloye D, Salim H et al. Global, regional, and national prevalence of asthma in 2019: a systematic analysis and modelling study. J Glob Health 2022;12:04052. doi : 10.7189/jogh.12.04052 · PMID 35765786. Texte intégral lu le 07/11/2026
  60. Muller A. Asthme et plongée sous-marine : création et évaluation d’un site internet destiné aux médecins, aux asthmatiques et aux moniteurs de plongée. Thèse de médecine, Université de Lille, soutenue le 2 avril 2019. Texte intégral lu le 07/11/2026
  61. Rochoy M, Muller A, Pelayo S, Bailleux B, Hedouin V, Girard J. Asthme et plongée sous-marine : création et évaluation d’un site internet (à destination des médecins, plongeurs asthmatiques et moniteurs de plongée). Rev Mal Respir 2021;38(1):22-33. doi : 10.1016/j.rmr.2020.11.008 · PMID 33455823. Texte intégral lu le 07/11/2026 (manuscrit révisé ; résumé publié identique)
Lexique des abréviations
BTS
British Thoracic Society
CACI
Certificat d'absence de contre-indication
CMPN
Commission médicale et de prévention nationale de la FFESSM
CVF
Capacité vitale forcée
DEM 25-75
Débit expiratoire maximal entre 25 et 75 % de la capacité vitale
DEP
Débit expiratoire de pointe (« peak flow »)
DMSC
Diver Medical Screen Committee (questionnaire médical international)
EFR
Explorations fonctionnelles respiratoires
FFESSM
Fédération française d'études et de sports sous-marins
GINA
Global Initiative for Asthma
MEDSUBHYP
Société de physiologie et de médecine subaquatiques et hyperbares de langue française
PADI, SSI
Organismes internationaux de formation à la plongée
SFMES
Société française de médecine de l'exercice et du sport
SPLF
Société de pneumologie de langue française
SPUMS
South Pacific Underwater Medicine Society (Australie, Nouvelle-Zélande)
UHMS
Undersea and Hyperbaric Medical Society (États-Unis)
UKDMC
UK Diving Medical Committee (Royaume-Uni)
VEMS
Volume expiratoire maximal par seconde
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