Plongée en scaphandre · mise à jour novembre 2026
Asthme et plongée sous-marine
Oui, c'est possible.
Pas n'importe comment.
L'asthme n'est plus une contre-indication absolue à la plongée en scaphandre. En France, un asthme léger ou parfaitement contrôlé, sans crise modérée ou grave ni crise brutale, sans asthme d'effort ni au froid, avec une spirométrie normale, permet de l'envisager après l'avis d'un pneumologue 1.
L'essentiel en chiffres
Quatre repères pour comprendre la question
des 322 plongeurs de loisir d'une enquête germanophone déclaraient un asthme, souvent gênant et peu traité 3. Interdits ou non, des asthmatiques plongent.
La pression double déjà : le détendeur vous donne un air deux fois plus dense, et vos poumons en contiennent deux fois plus. Si cet air reste piégé, il double de volume en remontant les dix derniers mètres.
La ventilation maximale mesurée en caisson baisse de plus de moitié, parce que l'air respiré est quatre fois plus dense 4. Un asthme gêné en surface l'est davantage au fond.
sans aucun symptôme avant de plonger ; après une crise, jusqu'à 7 jours si nécessaire : c'est la règle française 5.
L'asthme en bref
L'asthme est une maladie inflammatoire chronique des bronches. Elle se manifeste par des symptômes qui vont et viennent (sifflements, essoufflement, oppression, toux) et par une obstruction des bronches variable, qui se lève spontanément ou sous traitement 6. Environ 6 % des adultes ont un asthme actuel en France 7 8.
Les déclencheurs sont nombreux : allergènes, tabac et pollution, infections, air froid et sec, effort, certains médicaments comme l'aspirine et les anti-inflammatoires. L'air froid et sec et l'effort sont justement ceux de la plongée.
Le diagnostic repose sur la spirométrie : un rapport VEMS/CVF abaissé, et un VEMS qui augmente d'au moins 12 % et 200 mL après un bronchodilatateur. Si la spirométrie est normale, un test à la méthacholine, ou un test d'effort quand les symptômes surviennent à l'effort, peut révéler l'hyperréactivité bronchique 9.
Puis-je plonger ?
Quelques questions, une réponse immédiate
Ce questionnaire reprend les critères de la FFESSM pour l'asthmatique 1. Il vous dit où vous en êtes et qui consulter ; il ne remplace ni la consultation ni la spirométrie, et seul un médecin peut signer le certificat.
Répondez aux questions
Le résultat s'affiche ici à chaque réponse.
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Le parcours, selon qui vous êtes
Du premier rendez-vous au premier palier
- Médecin de plongée, en pratique
Le certificat
Le certificat d'absence de contre-indication est valable un an. Il devient caduc si votre santé change ou après un accident de plongée ; le certificat de reprise après un accident est réservé à un médecin fédéral, de plongée ou du sport 14. Pour l'asthme, mieux vaut un médecin fédéral ou diplômé de médecine de plongée (voir l'encadré ci-dessous).
- Adresser
Au pneumologue
Avec le modèle de courrier de la FFESSM 13. Critères attendus : courbe débit-volume normale, VEMS et CVF > 80 % de la théorique, VEMS/CVF > 75 %, DEM 25-75 > 70 %, et pas de réversibilité de plus de 12 % et 200 mL après 4 bouffées de bêta-2 mimétique.
- Décider
Le certificat
Valable un an. Le modèle de juin 2026 permet d'écrire des limites : encadrement, profondeur et durée maximales, plongée sans paliers, gaz respiré 15. Informer le plongeur des risques et de la conduite à tenir en cas de gêne.
Le palier de traitement compte
Les recommandations françaises de 2020 (MEDSUBHYP et SFMES) jugent compatible un asthme contrôlé aux paliers 1 ou 2. Elles rapportent que plusieurs auteurs, dont notre revue de 2018, contre-indiquent les paliers 3 et 4, notent qu'aucune donnée n'existe au palier 3, et jugent le palier 5 a priori incompatible. Elles écartent les antileucotriènes (montélukast), pour leurs effets indésirables psychiatriques. Elles conseillent une courbe débit-volume avec réversibilité une à trois fois par an et jugent sans intérêt, dans ce cas, les tests de provocation, réservés au spécialiste qui n'a pas pu conclure autrement 10.
Le protocole FFESSM, lui, ne fixe pas de palier : « parfaitement contrôlé sous traitement » 13.
Ce que la FFESSM publie
- Le courrier au pneumologue : test de réversibilité « suivant le contexte clinique » 13.
- L'arbre décisionnel : réversibilité systématique, et contre-indication en cas de plus de 6 crises par an, de crises graves, d'asthme d'effort ou au froid, de syndrome obstructif « même mineur » ou de réversibilité significative 5.
- Le texte de 2014 : réversibilité « au libre arbitre du pneumologue », pas de mesure de l'hyperréactivité exigée 2.
Le bilan biologique d'un asthme
NFS, recherche d'allergènes, IgE, alpha-1-antitrypsine, aspergillose : ce qu'il faut demander, et quand, selon que l'asthme est modéré ou sévère. C'est sur BioMG, l'outil d'aide à la prescription biologique en médecine générale du Dr Solange Déplanque et du Dr Michaël Rochoy.
D'autres outils pratiques pour la consultation
Diagnostic, contrôle et traitement de l'asthme de l'adulte et de l'enfant, dispositifs d'inhalation, PAI, et bien d'autres outils pour la consultation de médecine générale, par le Dr Jonathan Favre et le Dr Michaël Rochoy.
Asthme de l'adulte Asthme de l'enfant Tous les outils d'au-cabinet.fr
- Avant la plongée
Connaître son plongeur
- Savoir qui est asthmatique dans la palanquée.
- Pas de plongée en cas de symptômes, de rhume ou de spray de secours utilisé dans les 48 heures ; après une crise plus forte que d'habitude, nouvel avis médical.
- Convenir d'un signe « je respire mal ».
- Pendant
Adapter la plongée
Plus de prudence en eau froide, en profondeur, contre le courant, lors d'un effort ou d'un stress. Aucune limite officielle de profondeur ou de température n'existe pour l'asthmatique : c'est au cas par cas.
- En cas de gêne
Remonter lentement
Arrêter l'effort, remonter lentement en expirant, jamais en bloquant sa respiration, puis spray de secours en surface. La conduite détaillée est dans la section Conseils.
Ce que la pression fait aux poumons
Faites descendre le plongeur
À 30 m En caisson, la ventilation maximale volontaire a perdu plus de la moitié de sa valeur de surface 4 : respirer coûte cher, et chaque bronche rétrécie compte double.
Calcul simplifié : 1 bar de plus tous les 10 m d'eau, air à 21 % d'oxygène et 79 % d'azote, loi de Boyle-Mariotte (pression × volume = constante).
Les six effets de la plongée sur la respiration
1Pression et volume
La pression augmente d'environ 1 bar tous les 10 mètres. Le volume d'un gaz varie à l'inverse de la pression : il se comprime à la descente et se dilate à la remontée, dans les poumons comme dans les sinus, l'oreille moyenne ou l'intestin 4. En scaphandre, le détendeur fournit l'air à la pression du fond : les poumons gardent leur volume, mais ils contiennent d'autant plus d'air que l'on est profond. Tout cet air doit pouvoir sortir à la remontée.
Ainsi, chez un plongeur en apnée, 6 litres de gaz intrathoracique n'occupent plus que 2 litres à 20 mètres (3 bars) et 1,5 litre à 30 mètres (4 bars). À l'inverse, un pneumothorax de 1 litre formé à 30 mètres occuperait 4 litres en surface : une menace vitale. D'où la règle d'or : remonter lentement et ne jamais bloquer sa respiration.
2Un air plus dense
3Les pressions partielles
La pression partielle de chaque gaz suit la pression ambiante : en surface, environ 0,79 bar d'azote et 0,21 bar d'oxygène ; à 10 mètres, le double. Davantage d'azote se dissout dans les tissus et doit ressortir à la remontée : s'il ressort trop vite, il forme des bulles, c'est l'accident de décompression 4. Il arrive même après une plongée qui a respecté la table ou l'ordinateur 23.
4Le détendeur
5L'immersion
6À long terme
Les plongeurs ont souvent des volumes pulmonaires plus grands que la normale, avec une CVF qui augmente plus que le VEMS. Chez des plongeurs professionnels norvégiens suivis trois ans (87 au départ, 81 à la fin), le VEMS moyen a un peu baissé, sans lien démontré avec la quantité de plongée 25. Les études plus récentes divergent 26 : chez 331 plongeurs militaires français suivis en moyenne 24 ans, la fonction respiratoire ne baisse pas avec le nombre de plongées 27.
En somme : plus de travail pour respirer, des débits plus faibles, un air froid et sec, une capacité vitale réduite. Chez un plongeur dont les bronches sont déjà irritables, la marge se réduit.
Les risques pour l'asthmatique
Ce que la théorie fait craindre
Crise sous l'eau
Air froid et sec du détendeur, effort, profondeur, stress : tout l'environnement de la plongée peut déclencher un bronchospasme 24 ; chez des plongeurs sains, le froid et la profondeur modifient déjà la fonction respiratoire après une seule plongée 28. Et sous l'eau, on ne peut pas prendre son spray.
Surpression pulmonaire
C'est la raison historique de l'interdiction. Une bronche fermée piège l'air dans les alvéoles ; à la remontée, cet air se dilate et déchire le poumon : pneumothorax, emphysème du médiastin, embolie gazeuse artérielle 21 24.
Capacité d'effort réduite
La plongée peut exiger un effort intense, dans un courant ou une situation imprévue 29. En freinant l'air dans les bronches, l'asthme abaisse la ventilation maximale, donc la capacité d'effort : il entame cette réserve 24.
Accident de décompression
Les enquêtes ne montrent pas d'excès net chez l'asthmatique ; une seule, en 1991, a trouvé un risque quatre fois plus élevé, avec un fort biais de sélection 30. Le mécanisme reste discuté.
Et pour tout plongeur, asthmatique ou non
Ces risques-là ne tiennent pas à l'asthme : chaque plongeur les affronte. Mais plusieurs passent eux aussi par la respiration, et l'asthmatique les rencontre avec des bronches qui laissent moins de marge.
1Le cœur, première cause médicale de décès
En Australie, 126 plongeurs en scaphandre sont morts entre 2001 et 2013. Chez 46 d'entre eux (37 %), une maladie, connue ou non, a pu contribuer à l'accident. Le cœur vient en tête : 32 décès (25 %) lui sont attribués, surtout la maladie coronaire et les troubles du rythme, et peut-être 6 autres, sans preuve suffisante. C'est la même proportion qu'aux États-Unis (26 %). Une maladie respiratoire a probablement contribué à 8 décès (6 %), dont 3 asthmes ; mais les asthmatiques ne sont pas plus nombreux dans cette série que parmi les plongeurs. Au moins 14 de ces plongeurs avaient été déclarés aptes dans l'année 34. Les auteurs demandent que les plongeurs les plus âgés soient évalués par un médecin ; les recommandations qu'ils citent prévoient un bilan cardiovasculaire à 45 ans chez l'homme et à 55 ans chez la femme 34.
Car la plongée peut exiger un effort intense : elle suppose un cœur et des poumons sans trouble important, et une capacité d'effort suffisante pour la plongée prévue 29.
2La noyade, issue de bien des malaises
Sous l'eau, ce qui étourdit, désoriente ou fait perdre connaissance peut finir en noyade : un malaise lié à une maladie dont les symptômes deviennent plus probables en profondeur 35, la narcose qui fausse le jugement, ou les convulsions dues à l'oxygène, qui y mènent en règle générale 36. Une crise d'asthme sous l'eau peut, elle aussi, mener à la panique et à la noyade 24.
Deux règles de prudence en découlent : ne jamais plonger seul, et ne prendre ni alcool, ni drogue, ni médicament sédatif avant de plonger, quelle qu'en soit la quantité : leurs effets en profondeur sont imprévisibles 29.
3Panique, fatigue, courant : le facteur humain
Le trouble panique et les phobies figurent parmi les contre-indications à la plongée 29. Les conditions qui épuisent ou désorientent sont à éviter : visibilité réduite, courant qui impose un effort excessif, eau froide, plongée en solo 29.
Pour l'asthmatique, l'enjeu est double : l'effort et le stress sont aussi des déclencheurs de la crise 24. D'où l'intérêt de convenir d'un signe avec son binôme, et de connaître la conduite à tenir quand un plongeur ne va pas bien (voir Conseils) 37.
4Le froid
L'hypothermie peut s'installer vite : elle émousse le jugement et la dextérité, et peut provoquer des troubles du rythme cardiaque mortels chez une personne prédisposée 29. L'eau froide augmente aussi le risque d'accident de décompression 23.
Le froid agit enfin sur la respiration : il accentue, comme l'immersion, l'afflux de sang dans le thorax, qui réduit la capacité vitale 4, et l'air de la bouteille arrive froid et sec dans les bronches. Pour la FFESSM, l'asthme déclenché par le froid est une contre-indication 5.
5Oreilles, sinus, dents, masque : les barotraumatismes
Le barotraumatisme de l'oreille est la lésion de plongée la plus fréquente, et le risque de barotraumatisme est maximal entre la surface et 10 mètres 38, là où la pression double.
L'oreille. À la descente, l'air de l'oreille moyenne se comprime. Sans équilibrage (déglutir, bâiller, souffler nez pincé), le tympan peut saigner ou se rompre. L'oreille interne peut aussi être touchée : vertiges, acouphènes ou baisse de l'audition imposent un avis médical en urgence : ORL, mais aussi centre hyperbare, car un accident de décompression de l'oreille interne donne les mêmes signes 39 23.
Les sinus. Surtout les sinus frontaux : douleur, parfois vive, à la descente ou à la remontée, parfois un saignement de nez 39.
Les dents et le masque. De l'air piégé près de la racine d'une dent infectée ou d'une obturation fait mal en plongée. Un masque qu'on oublie d'équilibrer à la descente (il suffit de souffler un peu par le nez dedans) peut laisser des bleus sur le visage et du sang dans le blanc des yeux 40. Ni bouchons d'oreille, ni lunettes de piscine : la pression derrière eux ne s'équilibre pas 39 40.
Pour l'allergique : on ne plonge pas le nez bouché, ni avec une rhinite allergique non contrôlée 39.
6L'accident de décompression
En profondeur, l'azote se dissout dans le sang et les tissus, d'autant plus que la pression est forte. À la remontée, il en ressort ; s'il ressort trop vite, et parfois même quand la table ou l'ordinateur ont été respectés, il forme des bulles, qui bouchent les vaisseaux, compriment les tissus et déclenchent inflammation et coagulation. Les formes légères touchent les articulations et la peau ; les graves, la moelle épinière, le cerveau, le cœur ou les poumons. Il survient dans environ 2 à 4 plongées de loisir sur 10 000 23.
- Ce qui augmente le risque, pendant la plongée : une remontée rapide, l'eau froide, la fatigue, la déshydratation 23.
- Après : l'effort, l'avion, la montée en altitude (route de col, lac de montagne). L'azote en excès reste dissous au moins 12 heures : les plongées d'une même journée s'additionnent 23.
- Chez le plongeur : l'âge, l'obésité, un passage anormal de sang du cœur droit vers le cœur gauche (shunt) 23.
- Ce qui protège : remonter à la vitesse indiquée par son ordinateur ou sa table (9 à 18 mètres par minute au plus selon les sources), faire un arrêt de sécurité (« palier de sécurité ») de 3 à 5 minutes vers 3 à 4 mètres, ne pas prendre l'avion dans les 12 heures après une plongée sans palier, ni dans les 18 à 24 heures après plusieurs plongées ou des plongées avec paliers 29.
Que faire ? Les signes apparaissent dans l'heure chez la moitié des victimes, dans les 6 heures chez 9 sur 10 23. Douleur d'une articulation, fourmillements, faiblesse, vertiges, gêne respiratoire ou grande fatigue après une plongée : oxygène au masque sans attendre et alerte (196 ou VHF canal 16 en mer, 15 ou 112 à terre), même si l'ordinateur a été respecté (voir Conseils) 23 37 41.
Chez l'asthmatique, les enquêtes ne montrent pas d'excès net (voir plus haut).
7La narcose à l'azote
Au-delà de 30 mètres à l'air, l'azote agit comme un anesthésique, à la manière du protoxyde d'azote. C'est « l'ivresse des profondeurs » : on pense et on bouge moins bien, l'humeur et le comportement changent, comme après avoir bu, et ce jugement faussé peut mener à la noyade. Au-delà d'environ 90 mètres, hallucinations et perte de connaissance sont possibles 36 ; en France, la plongée à l'air est de toute façon limitée à 60 mètres 10.
Elle se dissipe en remontant : le traitement est une remontée immédiate mais contrôlée. Pour les plongées très profondes, on remplace une partie de l'azote par de l'hélium, qui n'a pas cet effet 36.
8La toxicité de l'oxygène
Indispensable, l'oxygène devient toxique sous pression. Les seuils diffèrent selon les sources : le Manuel MSD situe les accidents au-delà d'une pression partielle de 1,3 à 1,4 bar, soit 52 à 57 mètres à l'air, et moins profond avec un nitrox, plus riche en oxygène 36 ; en France, le Code du sport fixe le maximum à 1,6 bar et limite l'air à 60 mètres 10. Avec un nitrox à 32 % d'oxygène, 1,6 bar est atteint dès 40 mètres.
La crise convulsive, avec perte de connaissance, peut survenir sans aucun signe d'alerte. Quand des signes la précèdent (secousses des lèvres ou du visage, malaise anxieux, vision en tunnel), il faut faire baisser sans délai la pression d'oxygène, donc remonter. L'effort, le froid et l'accumulation de gaz carbonique raccourcissent le délai avant la crise, plus court en immersion qu'en caisson 10. Sous l'eau, cette crise mène en règle générale à la noyade 36.
Les fortes pressions d'oxygène irritent aussi les bronches : les recommandations françaises de 2020 jugent souhaitable de ne pas y exposer un asthme non ou mal contrôlé 10.
9Gaz carbonique et monoxyde de carbone
Le gaz carbonique s'accumule quand on ventile mal : détendeur trop dur, combinaison trop serrée, effort excessif, grande profondeur. Il essouffle et assoupit ; dans les formes graves, il donne nausées, vertiges, maux de tête, confusion, voire une perte de connaissance. Des maux de tête fréquents après la plongée, ou une consommation d'air anormalement faible (signe qu'on respire trop peu, par exemple pour « économiser » son air), doivent y faire penser. Il se dissipe à la remontée : on remonte progressivement et on termine la plongée 36.
Le monoxyde de carbone vient de l'air de la bouteille : compresseur qui aspire près d'un pot d'échappement, ou huile surchauffée. Nausées, maux de tête, faiblesse, maladresse, troubles de la conscience. L'oxymètre de doigt reste normal et ne permet pas le diagnostic. Le traitement est l'oxygène à 100 % à haut débit, et le caisson se discute en cas de signes neurologiques 36. Un compresseur peut aussi aspirer des pollens, comme dans l'histoire de 1999 racontée plus haut 31 24.
10La faune marine
Méduses et anémones, certains mollusques, oursins et raies piquent ou mordent, parfois avec un venin. Toutes ces plaies peuvent s'infecter par des germes propres au milieu marin (Vibrio, Aeromonas, Mycobacterium marinum) : une plaie de plongée qui rougit ou traîne mérite d'être montrée à un médecin. Une morsure de requin se soigne comme un traumatisme grave 42.
Ce que disent les études
Des craintes plausibles, des preuves fragiles
Des signaux d'un risque accru, aucune preuve solide dans un sens ou dans l'autre.
Chez l'asthmatique qui remplit les critères d'aptitude, les études disponibles ne montrent pas d'excès de surpressions pulmonaires, d'embolies gazeuses ou d'accidents de décompression ; mais ce sont des questionnaires à faible taux de réponse et des séries rétrospectives, trop fragiles pour conclure à l'absence de risque 30. Aucune n'a suivi une grande cohorte de plongeurs asthmatiques face à des non-asthmatiques, et les revues récentes parlent d'un risque possiblement 43 44, voire probablement accru 45, sans pouvoir le chiffrer. Les rares données d'accidents, comme l'enquête de 1991, très biaisée, ne portent pas sur des asthmatiques sélectionnés selon les critères actuels.
L'absence de preuve ne vaut pas preuve d'innocuité. Les petites études de fonction respiratoire vont dans le sens de la prudence : chez des asthmatiques légers, une seule plongée, même peu profonde, peut faire un peu baisser les débits bronchiques 46 26.
Solidité des preuves
Enquêtes par questionnaire avec peu de répondants, séries rétrospectives, petites études de fonction respiratoire, presque toujours chez des asthmatiques légers : aucune étude n'a suivi une grande cohorte de plongeurs asthmatiques 43 24.
Des bronches plus réactives, sans preuve d'accident
Deux petites études ont plongé des atopiques non asthmatiques à 50 mètres. Chez 9 plongeurs, la conductance bronchique baisse, contrairement aux non-atopiques 47. Chez 15 candidats plongeurs de la marine italienne, les bronches deviennent plus réactives à la méthacholine juste après la plongée, et reviennent presque à la normale 24 heures plus tard 48.
Ces petits effectifs ne permettent pas de parler de risque d'accident, mais justifient une vigilance : signaler toute gêne respiratoire nouvelle au médecin.
Quarante ans d'études, en un coup d'œil
plutôt rassurantplutôt inquiétantrepère ou nuance
L'origine de l'interdiction
Dans les années 1930, la marine américaine rapporte des surpressions pulmonaires mortelles lors d'exercices de remontée d'urgence depuis des sous-marins. Toute maladie pulmonaire, asthme compris, devient une cause d'inaptitude 30.
Un accident de décompression pour 5 100 plongées
Un questionnaire envoyé à 75 000 lecteurs d'un magazine de plongée revient de 279 plongeurs asthmatiques (56 334 plongées) : le risque calculé est 4,2 fois celui d'une population non sélectionnée. Avec si peu de réponses, le biais de sélection est fort 30.
Un risque jugé comparable, si l'asthme est calme
Un asthmatique dont la fonction respiratoire est normale au repos et peu réactive à l'effort ou au froid aurait un risque de surpression pulmonaire comparable à celui des autres plongeurs ; les auteurs soulignent que les données manquent 50.
17 386 plongées sans accident grave
322 plongeurs d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, dont 8,7 % d'asthmatiques souvent gênés et peu traités. Ceux qui avaient une maladie ou une gêne respiratoire totalisaient 17 386 plongées, sans accident grave déclaré 3.
Même à 5 mètres, la respiration change
Après une seule plongée en piscine, le VEMS et le rapport VEMS/CVF baissent chez 22 plongeurs asthmatiques légers, pas chez 15 témoins. Aucun n'a eu de symptôme 46.
La FFESSM lève l'obstacle du traitement de fond
Un asthme parfaitement contrôlé sous traitement est accepté : l'ancienne règle poussait à arrêter son traitement pour obtenir le certificat 2.
Honduras : une étude en partie retirée
En mer tropicale (10 à 18 m), le débit de pointe baisse un peu après la plongée, asthmatiques ou non, et aucun plongeur n'a eu de symptôme 52. Après une relecture statistique indépendante, les auteurs ont eux-mêmes retiré les comparaisons entre asthmatiques et témoins (note publiée en décembre 2016) : la méthode ne convenait pas à ce type d'étude 53.
Revue systématique : des signaux, peu de preuves
Sept études, 560 sujets : cinq rapportent davantage de lésions liées à la plongée chez l'asthmatique, deux aucune. Les auteurs parlent d'« indices » d'un risque accru 43.
Plonger avec une maladie connue
268 plongeurs d'Asie-Pacifique déclarant une maladie, dont 40 asthmatiques, totalisent 183 069 plongées ; les incidents liés à leur maladie paraissent rares, et aucune crise d'asthme en plongée n'est signalée. Mais seul un tiers des plongeurs sollicités a donné des réponses exploitables 54.
La revue à l'origine de ce site
65 articles : le bronchospasme en plongée est bien documenté ; les études épidémiologiques ne semblent pas montrer d'excès de surpressions, d'embolies ou d'accidents de décompression 30.
Décès en Australie
Sur 126 décès en plongée (2001-2013), une maladie respiratoire est en cause dans 8, dont 3 asthmes ; les auteurs estiment que les asthmatiques n'y sont pas surreprésentés. Le cœur arrive en tête des maladies en cause 34.
Sélectionner par le mannitol ?
Au Danemark, 41 candidats asthmatiques testés au mannitol : 68 % jugés aptes, certains après renforcement du traitement. Méthode non évaluée en plongée réelle, de l'aveu des auteurs 55.
Même conclusion qu'en 2016
La même recherche systématique, reprise en 2022, aboutit à la même conclusion : un risque probablement accru, avec des données insuffisantes pour trancher pour un patient donné 45.
Belgique : 140 133 plongées
Le risque d'hospitalisation ou de caisson est de 0,01 % par plongée. Les facteurs retenus sont les maladies ORL et les médicaments cardiovasculaires ; l'asthme n'en fait pas partie, mais il n'y avait que 5 asthmatiques sur 210 répondants : l'étude ne permet pas de conclure pour lui 56.
Asthme et œdème pulmonaire d'immersion
Chez 2 375 nageurs suédois en eau libre, l'asthme est associé à l'œdème pulmonaire d'immersion (risque × 1,7), mais l'association disparaît une fois pris en compte les symptômes respiratoires récents. Chez des nageurs, pas des plongeurs 33.
Les recommandations
En France, puis dans le monde
Les critères d'aptitude
La commission médicale de la FFESSM autorise la plongée de loisir en scaphandre aux asthmatiques qui ont 13 :
- un asthme léger, ou parfaitement contrôlé sous traitement ;
- aucun antécédent de crise modérée à grave ou brutale ;
- pas d'asthme d'effort ni au froid ;
- une courbe débit-volume strictement normale : VEMS et CVF > 80 % de la théorique, VEMS/CVF > 75 %, DEM 25-75 > 70 %.
Contre-indications ajoutées par l'arbre décisionnel 5 :
- plus de 6 crises par an ;
- syndrome obstructif, « même mineur » ;
- réversibilité significative au bêta-2 mimétique.
Dans la liste de juin 2025, l'asthme figure parmi les contre-indications « temporaires ou à évaluer » 12.
Les recommandations de bonne pratique
Publiées en juillet 2020 par la MEDSUBHYP et la Société française de médecine de l'exercice et du sport, elles sont plus précises que le protocole fédéral 10 :
- asthme contrôlé, traitement de palier 1 ou 2, EFR normales avec test pharmacodynamique : pas de contre-indication ;
- paliers 3 et 4 : contre-indiqués selon plusieurs auteurs qu'elles citent, sans donnée au palier 3 ; palier 5 : a priori incompatible ;
- antileucotriènes (montélukast) : écartés, pour leurs effets indésirables psychiatriques ;
- asthme au froid ou d'effort : contre-indication ;
- tests de provocation bronchique : « pas d'intérêt » chez l'asthmatique contrôlé, sinon sur avis du spécialiste ;
- après une crise peu sévère : au moins deux jours, et un débit de pointe ou un VEMS revenu dans la cible ;
- enfant asthmatique, même contrôlé : pas avant 12 ans.
Ailleurs dans le monde
Toutes les sociétés acceptent l'asthmatique bien sélectionné ; elles divergent sur la manière de le sélectionner. Lecture : autorisé · exclu · sous condition · non précisé.
| Critère | FranceFFESSM 2014-2025, recos 2020 | Royaume-UniUKDMC, algorithme 2024 | AustralieSPUMS, 2025 | InternationalDMSC-UHMS, 2023 | Pays-BasPneumologues, 2021 |
|---|---|---|---|---|---|
| Asthme léger ou contrôlé | si avis du pneumologue et EFR normales | après DEP sur 2 semaines et test d'effort | si test de provocation négatif | si test d'effort négatif | si provocation indirecte négative |
| Traitement de fond | palier 1-2 (recos 2020) | jusqu'au palier 3 BTS | pas de plafond | à poursuivre | si sans symptôme |
| Asthme sévère ou instable | exclu | exclu | exclu | exclu | exclu |
| Asthme d'effort, au froid, à l'émotion | exclu | traitement optimisé puis test d'effort | exclu si provocation positive | exclu | exclu (absolu) |
| Spirométrie exigée | VEMS, CVF > 80 % ; VEMS/CVF > 75 % ; DEM 25-75 > 70 % | VEMS, CVF, DEP > 80 % ; VEMS/CVF > 70 % | VEMS, CVF, DEP ≥ 80 % ; VEMS/CVF ≥ 75 % | pas de seuil ; légère obstruction tolérée si test d'effort normal | VEMS ≥ 80 % ; VEMS/CVF ≥ 70 % |
| Test de provocation | non exigé | effort, chute < 15 % | indirect, recommandé si spirométrie normale, chute < 15 % | effort ; inhalation jugée non standardisée | indirect, recommandé |
| Délai avant de replonger | 48 h sans symptôme, jusqu'à 7 j après une crise | DEP normal depuis 48 h | pas de plongée symptomatique | pas de plongée symptomatique | 48 h sans secours |
| Enfant asthmatique | pas avant 12 ans | pas d'âge fixé | exclu de 10 à 15 ans | non précisé | exclu jusqu'à 14 ans |
Sources : France 13 5 10 ; Royaume-Uni 57 ; Australie 58 19 ; international 59 ; Pays-Bas 60 20.
Et la BTS 2003 ?
Le texte fondateur britannique n'a jamais été remplacé, mais la British Thoracic Society l'a classé dans ses archives 61. Ses critères restent cités partout : sans symptôme, spirométrie normale, test d'effort négatif, pas de symptôme ayant nécessité un bronchodilatateur dans les 48 heures 4.
Ce qui a bougé
Le Royaume-Uni n'exclut plus d'emblée l'asthme d'effort ou au froid : il le traite, puis le teste à l'effort 57. À l'inverse, l'Australie et les Pays-Bas ont fermé la porte aux enfants asthmatiques 19 20.
Plongée professionnelle
Les standards de l'EDTC (comité européen de la plongée professionnelle, 2024) n'acceptent qu'un asthme bien contrôlé au sens de GINA, au palier 1 ou 2, avec une fonction respiratoire normale et stable à l'effort 62.
Conseils pratiques
Avant, pendant, après la plongée
Avant
- Prendre son traitement de fond tous les jours, sans l'arrêter « pour passer la visite » 2.
- Débit de pointe le matin de la plongée : pas plus de 10 % sous sa meilleure valeur 4 10.
- Faire gonfler sa bouteille par un compresseur filtré, surtout si l'on est allergique aux pollens 31.
- Garder une bonne condition physique.
- Pas de plongée avec des symptômes, un rhume, une infection ou une poussée allergique. Après une crise, même légère : au moins 48 heures sans symptôme, et jusqu'à 7 jours si nécessaire, avec un débit de pointe revenu à la normale 5. Une crise plus forte que d'habitude (urgences, cortisone en comprimés) remet le certificat en cause : revoir le médecin avant de replonger 14.
- Pas de tabac : il aggrave l'asthme et complique son contrôle.
Pendant
- Prévenir son binôme et son moniteur, et convenir d'un signe « je respire mal ».
- Remonter lentement, surtout dans les derniers mètres 57.
- Être plus prudent en eau froide, en profondeur, contre le courant ou en cas de stress : aucune limite officielle n'existe, la marge se réduit avec chacun de ces facteurs.
- Ne jamais bloquer sa respiration à la remontée.
Après
- Spray de secours à portée de main sur le bateau.
- Après une gêne respiratoire ou l'usage du spray de secours : pas de nouvelle plongée tant que le débit de pointe n'est pas redevenu normal depuis 48 heures 57.
- Besoin du spray avant chaque plongée ? Ce n'est pas une routine : c'est souvent un asthme d'effort ou mal contrôlé, à revoir avec le médecin.
- Après un œdème pulmonaire d'immersion (essoufflement, toux, crachats mousseux ou rosés en plongée), les sociétés australienne et britannique déconseillent fortement de replonger ; toute reprise se décide avec un médecin de plongée 63.
Gêne respiratoire en plongée : la conduite à tenir
- Signaler, arrêter l'effortFaire le signe convenu au binôme ou au moniteur. Ne pas paniquer, ne pas lâcher le détendeur.
- Remonter en expirantÀ la vitesse de l'ordinateur, sans jamais bloquer sa respiration : l'air piégé derrière une bronche fermée se dilate à la remontée 4. Faire les paliers obligatoires si la gêne s'améliore ; sinon, remonter 37.
- Sur le bateauRetirer la combinaison, laisser le plongeur assis penché en avant, spray de secours. Toute gêne après une plongée peut être un accident de plongée : oxygène au masque à haute concentration, 15 L/min, sans attendre, et alerte : 196 ou VHF canal 16 en mer, 15 ou 112 à terre 37 41.
Cas particuliers
Les questions qu'on nous pose
J'ai eu de l'asthme enfant, je n'ai plus rien
Toute notion d'asthme, même ancienne, passe par le pneumologue 5. Une spirométrie normale et l'absence de symptômes suffiront souvent à lever le doute.
Mon enfant est asthmatique : peut-il plonger ?
La plongée en scaphandre commence à 8 ans à la FFESSM, avec des profondeurs limitées selon l'âge : 6 mètres pour les brevets de bronze et d'argent, 12 mètres pour le plongeur d'or, et le niveau 1 à partir de 12 ans 18.
Pour l'enfant asthmatique, les recommandations françaises de 2020 ne recommandent pas la plongée avant 12 ans, même si l'asthme est contrôlé 10. L'Australie l'exclut de 10 à 15 ans, les Pays-Bas jusqu'à 14 ans 19 20. Le questionnaire de santé des mineurs ne dispense pas de certificat pour la plongée en scaphandre 64, et l'UCPA refuse en séjour de plongée tout mineur présentant une suspicion d'asthme 65.
Faut-il un certificat pour un baptême ?
Non : le certificat n'est exigé ni pour le baptême, ni pour le PE12, le Pass Découverte ou la première étoile de mer 14. Mais pas de certificat ne veut pas dire pas de contre-indication : un asthme non contrôlé, d'effort ou au froid, ou des symptômes du jour excluent aussi le baptême. Prévenir le moniteur.
Puis-je prendre mon spray avant de plonger ?
Les avis divergent. Le comité britannique le juge « peut-être une bonne idée » une demi-heure avant 57 ; la FFESSM ne se prononce pas. Aucune étude n'a mesuré le risque de trouble du rythme cardiaque en plongée ; à forte dose, le salbutamol peut en provoquer 6.
Surtout, un asthme qui a besoin du spray pour supporter l'effort de la plongée ressemble à un asthme d'effort, qui est une contre-indication en France. Parlez-en à votre médecin.
Et le montélukast (Singulair) ?
Les recommandations françaises de 2020 écartent les antileucotriènes chez le plongeur, en raison de leurs effets indésirables psychiatriques signalés par l'ANSM en 2020 10, et la norme européenne des plongeurs professionnels demande de les éviter ou de les surveiller 62. Le comité britannique, lui, les accepte 57.
Nitrox, recycleur, trimix ?
L'évaluation de l'asthmatique est la même, quel que soit le gaz ou l'appareil ; aucune étude ne porte sur l'asthmatique au nitrox ou au recycleur. Une nuance : les fortes pressions d'oxygène irritent les bronches, et les recommandations de 2020 jugent souhaitable de ne pas y exposer un asthme non ou mal contrôlé 10. Pour le trimix hypoxique, le certificat doit venir d'un médecin fédéral, d'un médecin titulaire d'un diplôme de médecine subaquatique ou d'un médecin du sport 14.
Je suis allergique, sans asthme
Pas de contre-indication liée à l'asthme ; en revanche, pas de plongée le nez bouché (oreilles et sinus). Deux petites études montrent que les bronches des plongeurs atopiques réagissent davantage juste après une plongée profonde, un effet passager dans l'une d'elles 47 48. Toute toux ou gêne respiratoire nouvelle doit être signalée au médecin.
Je plonge à l'étranger, avec PADI ou SSI
Ces organismes utilisent un questionnaire international. Depuis 2020, il demande un avis médical en cas d'asthme, de sifflements ou d'allergie grave dans les 12 derniers mois, s'ils limitent votre activité physique 66. Le guide du médecin examinateur préfère alors un test d'effort 59. Ces règles diffèrent des règles françaises. Même si ce questionnaire ne vous envoie pas chez le médecin, les risques restent les mêmes : ne partez pas plonger sans avoir été évalué, et emportez votre dernier compte rendu de spirométrie.
L'œdème pulmonaire d'immersion, c'est quoi ?
Un accident où les poumons se remplissent de liquide pendant l'immersion : essoufflement, toux, crachats mousseux ou rosés. De mieux en mieux reconnu en France, il est parfois grave : un centre de référence en a pris en charge 288 en 14 ans, sévères dans près d'un tiers des cas 32. Chez des nageurs en eau libre, l'asthme y est associé, mais l'association disparaît une fois pris en compte les symptômes respiratoires récents 33. Après un épisode, les sociétés australienne et britannique déconseillent fortement de reprendre la plongée en bouteille 63.
Et l'apnée ?
Ce site traite de la plongée en scaphandre ; la réflexion de la FFESSM sur l'asthme aussi 2. Pour l'apnée, demandez l'avis de votre médecin.
Combien y a-t-il d'asthmatiques ?
Existe-t-il d'autres tests que la spirométrie ?
Oui. La spirométrie mesure les bronches au repos ; or des bronches irritables peuvent être normales au repos et se fermer à l'effort, au froid ou à l'air sec. Les tests de provocation cherchent cette hyperréactivité : on provoque les bronches, puis on mesure de combien le VEMS chute.
On distingue deux familles. Le test à la méthacholine agit directement sur les bronches (voir plus bas). Les tests dits indirects (effort, hyperventilation à l'air sec, sérum salé hypertonique, mannitol) font libérer par les cellules des bronches les médiateurs de l'inflammation : ils sont plus spécifiques d'une inflammation bronchique en cours. L'effort et le sérum salé ont un avantage de plus : ils exposent le plongeur à ce qu'il rencontrera vraiment, puisque le détendeur peut projeter une fine brume d'eau de mer, c'est-à-dire de l'eau salée hypertonique. Et comme les corticoïdes inhalés réduisent l'hyperréactivité en quelques semaines, ces tests permettent aussi de juger l'effet du traitement 58.
Le test d'effort, le plus proche de la plongée
C'est le test que préfèrent le Royaume-Uni et le guide international du médecin examinateur 57 59. Le protocole britannique de 2024 : une montée de marche (test de Chester, où un métronome impose la cadence : niveau 4, puis niveau 5 pendant 5 minutes), sous contrôle de la fréquence cardiaque, idéalement en respirant l'air sec d'une bouteille de plongée ; puis une spirométrie à 5, 10, 15 et 30 minutes, comparée à celle d'avant l'effort 68. Le consensus américain qu'il cite demande de porter vite la fréquence cardiaque à 80-90 % du maximum et de l'y tenir 4 à 6 minutes 68. Une chute de moins de 15 % est rassurante 57.
Le test se fait au cabinet ou en laboratoire, jamais dehors : après une évaluation du risque, notamment cardiaque, avec un soignant formé à la réanimation, le matériel adapté et de quoi donner un bronchodilatateur 69.
Le même document rappelle ce qui rend un effort vraiment provocant : la course plutôt que le vélo, au moins cinq minutes, un air froid et sec, et tenir compte du dernier effort, car un effort récent peut fausser le test (période réfractaire) 68. En France aussi, la SPLF préfère le test d'effort à la méthacholine quand les symptômes surviennent seulement à l'effort 9.
L'hyperventilation à l'air sec
On fait respirer très vite un air sec : c'est mettre à l'épreuve, en concentré, la faiblesse que réveille l'air sec de la bouteille. L'Australie l'accepte parmi les tests indirects 58. Nous n'avons trouvé aucune étude qui l'évalue pour l'aptitude à la plongée, et les pneumologues néerlandais jugent sa valeur, face au test d'effort, « pas claire » 60.
Le sérum salé hypertonique
On fait inhaler un brouillard de sérum salé à 4,5 %. Avec le test d'effort, c'est celui que l'Australie met en avant, parce qu'il se rapproche de la brume d'eau de mer du détendeur 58. Le guide international, lui, le range parmi les tests par inhalation qu'il juge pas assez standardisés pour la plongée 59.
Le mannitol, indisponible en France
Une poudre inhalée à doses croissantes. Moins sensible que la méthacholine mais plus spécifique de l'asthme, il n'est pas disponible en France 9. Au Danemark, 41 candidats chez qui l'on soupçonnait un asthme ont été testés au mannitol avec un seuil plus strict, une chute de 10 % : 21 étaient aptes d'emblée, 7 autres après un traitement renforcé, soit 28 sur 41 (68 %). Les auteurs le reconnaissent : cette méthode n'a pas été comparée aux accidents réels 55.
La méthacholine, le test du diagnostic
En France, c'est le test que recommande la SPLF pour chercher un asthme quand la spirométrie est normale 9. Pour la plongée, il convainc moins : le guide international juge les tests par inhalation (histamine, sérum salé, méthacholine) pas assez standardisés pour juger un plongeur 59. La recommandation nationale danoise, citée par l'étude de Copenhague, l'accepte au même seuil de 10 % que le mannitol 55.
Qui demande quoi ?
- France : la FFESSM n'exige pas de test de provocation : seule la courbe débit-volume est systématique, le reste est laissé à l'appréciation du clinicien 2. Les recommandations de 2020 jugent qu'il « n'a pas d'intérêt » chez l'asthmatique contrôlé, suivi par une courbe débit-volume avec test de réversibilité une à trois fois par an ; ailleurs, elles le réservent au spécialiste qui n'a pas pu conclure par l'interrogatoire, l'examen et les explorations fonctionnelles 10.
- Australie : test recommandé en cas d'asthme, de sifflements ou de traitement dans les dix dernières années, ou de toux inexpliquée, lorsque la spirométrie est normale (anormale, elle fait déconseiller la plongée d'emblée). Une chute de plus de 15 %, ou un gain de plus de 15 % sous bronchodilatateur, fait déconseiller la plongée ; on peut refaire le test une fois l'asthme contrôlé 58.
- Royaume-Uni : test d'effort, chute de moins de 15 % 57.
- Pays-Bas : test indirect (vélo ou montée de marche) recommandé chez tout asthmatique ; positif sous traitement, il fait refuser l'aptitude, et l'on peut refaire le test après adaptation du traitement 60.
- Questionnaire international (PADI, SSI) : le guide du médecin préfère le test d'effort 59.
Le tableau complet est dans Recommandations.
Sources
Chaque chiffre renvoie ici
Recommandations nationales et internationales, revues de la littérature et études originales. Chaque référence indique ce que nous en avons lu (texte intégral ou résumé) et quand.
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- Lawrence CH, Chen IY. Partial retraction of Lawrence CHD, Chen IYD. The effect of scuba diving on airflow obstruction in divers with asthma. Diving and Hyperbaric Medicine. 2016 March;46(1):11-14. Diving Hyperb Med 2016;46(4):262. PMID 27966207. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Lippmann J, McD Taylor D, Stevenson C et al. Diving with pre-existing medical conditions. Diving Hyperb Med 2017;47(3):180-190. doi : 10.28920/dhm47.3.180-190 · PMID 28868599. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Ustrup A, Pedersen SK, Suppli Ulrik C. Assessment of fitness for recreational scuba diving in candidates with asthma: a pilot study. BMJ Open Sport Exerc Med 2020;6(1):e000624. doi : 10.1136/bmjsem-2019-000624 · PMID 32095266. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Tournoy KG, Vandebotermet M, Neuville P et al. Modelling the risk factors for accidents in recreational divers: results from a cross-sectional evaluation in Belgium. Diving Hyperb Med 2024;54(4):287-295. doi : 10.28920/dhm54.4.287-295 · PMID 39675736. Texte intégral lu le 07/11/2026
- UK Diving Medical Committee (UKDMC). Asthma (page d’information) et Asthmatic Diver Algorithm. Algorithme révisé le 17 août 2024. Page et algorithme lus le 07/11/2026
- South Pacific Underwater Medicine Society (SPUMS). The SPUMS diving medical 2025: guidelines on medical risk assessment for recreational diving (annexe « Suggested assessment for the diver with asthma »). 6e édition, septembre 2025. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Diver Medical Screen Committee. Diving Medical Guidance (guide destiné au médecin examinateur). Version du 31 mai 2023. Chapitre pulmonaire lu le 07/11/2026
- NVALT, section de physiologie pulmonaire (Pays-Bas). Position paper : Ademhaling onder bijzondere omstandigheden – duiken, vliegen en hoogte. 15 février 2021. Texte intégral lu le 07/11/2026
- British Thoracic Society. Guideline Archive (la recommandation de 2003 sur la plongée y est classée « Archived »). Page consultée le 07/11/2026. Texte intégral lu le 07/11/2026
- European Diving Technology Committee (EDTC). Fitness to Dive Standards: medical assessment for work under pressure (plongée professionnelle). 2e édition, décembre 2024. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Banham N, Smart D, Wilmshurst P et al. Joint position statement on immersion pulmonary oedema and diving from the South Pacific Underwater Medicine Society (SPUMS) and the United Kingdom Diving Medical Committee (UKDMC) 2024. Diving Hyperb Med 2024;54(4):344-349. doi : 10.28920/dhm54.4.344-349 · PMID 39675743. Texte intégral lu le 07/11/2026
- FFESSM, CMPN. Questionnaire de santé pour les jeunes. 2 août 2021. Texte intégral lu le 07/11/2026
- UCPA. Certificat médical de non-contre-indication à la plongée en scaphandre, séjours mineurs. 2026. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Diver Medical Screen Committee (UHMS, DAN, DAN Europe, UC San Diego). Diver Medical Participant Questionnaire (questionnaire médical du plongeur, utilisé par PADI et SSI). Version du 1er janvier 2026, en anglais et en français. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Song P, Adeloye D, Salim H et al. Global, regional, and national prevalence of asthma in 2019: a systematic analysis and modelling study. J Glob Health 2022;12:04052. doi : 10.7189/jogh.12.04052 · PMID 35765786. Texte intégral lu le 07/11/2026
- UK Diving Medical Committee (UKDMC). Asthma & Diving Exercise test. Révisé le 18 août 2024. Texte intégral lu le 08/11/2026
- UK Diving Medical Committee (UKDMC). Risk Assessment for Exercise Testing. Révisé le 18 août 2024. Texte intégral lu le 08/11/2026
- Muller A. Asthme et plongée sous-marine : création et évaluation d’un site internet destiné aux médecins, aux asthmatiques et aux moniteurs de plongée. Thèse de médecine, Université de Lille, soutenue le 2 avril 2019. Texte intégral lu le 07/11/2026
- Rochoy M, Muller A, Pelayo S, Bailleux B, Hedouin V, Girard J. Asthme et plongée sous-marine : création et évaluation d’un site internet (à destination des médecins, plongeurs asthmatiques et moniteurs de plongée). Rev Mal Respir 2021;38(1):22-33. doi : 10.1016/j.rmr.2020.11.008 · PMID 33455823. Texte intégral lu le 07/11/2026 (manuscrit révisé ; résumé publié identique)
Lexique des abréviations
- BTS
- British Thoracic Society
- CACI
- Certificat d'absence de contre-indication
- CMPN
- Commission médicale et de prévention nationale de la FFESSM
- CVF
- Capacité vitale forcée
- DEM 25-75
- Débit expiratoire maximal entre 25 et 75 % de la capacité vitale
- DEP
- Débit expiratoire de pointe (« peak flow »)
- DMSC
- Diver Medical Screen Committee (questionnaire médical international)
- EFR
- Explorations fonctionnelles respiratoires
- FFESSM
- Fédération française d'études et de sports sous-marins
- GINA
- Global Initiative for Asthma
- MEDSUBHYP
- Société de physiologie et de médecine subaquatiques et hyperbares de langue française
- PADI, SSI
- Organismes internationaux de formation à la plongée
- SFMES
- Société française de médecine de l'exercice et du sport
- SPLF
- Société de pneumologie de langue française
- SPUMS
- South Pacific Underwater Medicine Society (Australie, Nouvelle-Zélande)
- UHMS
- Undersea and Hyperbaric Medical Society (États-Unis)
- UKDMC
- UK Diving Medical Committee (Royaume-Uni)
- VEMS
- Volume expiratoire maximal par seconde
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